Témoignages

Un avant et un après AZF

AZF, 16 ans après : la mémoire intacte

Le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF traumatisait toute une ville. seize années ont passé, trois procès  et au-delà du choc se pose la question de la mémoire, des souvenirs.

« Vivre avec » : 16 années de souffrance pour certaines victimes

16 ans. A l’échelle d’une vie c’est déjà beaucoup. Au regard des souffrances, physiques ou psychiques que certains endurent au quotidien, c’est une éternité. Il y a évidemment les blessés physiques. Mais il y a aussi des blessures plus invisibles. La perte d’un proche. Des insomnies. la perte de l’audition, des acouphènes. Sursauter quand une porte claque ou au moindre pétard.

Quelques témoignages :

Liliane, toujours installée dans son appartement du quartier de la Faourette, face à l’ancien site de l’usine, qui rêve de la quitter pour tourner la page.

Après 44 ans passés dans son appartement du quartier . Le 21 septembre 2001, son logement a été dévasté par le souffle de l’explosion. Elle et son fils ont été blessés aux oreilles. Même après les travaux, Liliane n’a plus jamais pu vivre normalement ici. « Je suis revenue ici deux jours après l’explosion. J’avais l’impression que l’immeuble était de travers. Je me tenais partout pour pouvoir marcher et monter les escaliers », se souvient-elle. Une peur s’empare alors de la sinistrée. « J’avais l’impression que l’immeuble allait s’effondrer », explique Liliane.

Catherine, ancienne auxiliaire de vie

« Je me suis retrouvée par terre, avec du sang partout, c’était le sang de la personne à côté de moi, que je ne connaissais pas. Du sang d’une autre personne, ça reste. »

Patricia dans son véhicule aux abords de l’usine retourné comme une crêpe avec ses deux enfants à bord. Tous ont été blessés.

Pauline, dans son véhicule à 220m du site à vol d’oiseau.

Plus de 15 ans après il m’est encore très difficile de parler de cette journée-là celle du 21 septembre, j’ai pris mon véhicule pour aller au marché Tout d’un coup, j’ai entendu un énorme bruit puis quelques secondes après, j’ai vu toutes les vitres et la toiture du collège que j’avais sur ma droite partir en éclat et au même moment, j’ai senti ma voiture se soulever et se déplacer, je me suis retrouvée sur la file de gauche à cheval sur le terre-plein. Quand j’ai pris l’autre rue, je me retrouvais face à AZF, j’ai vu un énorme champion jaune qui montait dans le ciel, de la cendre se répandait de partout et une odeur d’ammoniaque excessivement forte m’empêchait de respirer. Dans cette rue, j’ai vu l’horreur, le chaos complet, des scènes apocalyptiques…..

J’ai perdu l’audition totale mon oreille gauche et j’ai perdu plus de 70% de mon oreille droite ce jour là…..

La vie na plus le même goût pour moi.

Brigitte,  intérimaire à AZF, je dois ma vie à ma collègue décédée

« J’ai vu « ce nuage arriver, les vitres exploser, et puis plus rien. […] Il y avait un sentiment d’apocalypse dans le bureau: les plafonds, les cloisons étaient tombées, les fenêtres, il n’y en avait plus, les fils au plafond crépitaient… »            Il y a un avant et un après AZF

« Avant AZF, j’étais une personne souriante, joviale, qui aimait beaucoup rire, qui n’avait pas de problème de santé. Mais après AZF ? Vous avez tous les problèmes de santé, les maux de tête, les acouphènes, les prises de médicaments, l’isolement. »

« Nous, quand on met tous les matins nos petits appareils dans les oreilles, tous les jours ça nous ramène à AZF. Même si on veut oublier, on ne peut pas oublier ce qu’on a subi, ce qu’on a eu, les blessures, le choc, le traumatisme. »

C’est souffrir en silence….

Armand, ancien salarié d’AZF

« J’ai entendu d’abord une première déflagration, et j’ai dit d’instinct: +baissez-vous+. […] J’ai entendu des grincements de ferraille et puis le souffle venir exploser la vitre, les morceaux de verre sont venus se planter dans les portes, sur les placos ».

« J’attends une condamnation de Grande paroisse. Le directeur pour moi, qu’il prenne de la prison ferme, ça ne m’intéresse pas. C’est la condamnation de la société qui est intéressante, parce que c’est en condamnant les sociétés qu’on arrive à faire changer la législation sur la sécurité. »

Marie-José, le 21 septembre 2001 à 10 h 17, je me trouve sur mon lieu de travail à Purpan quand, sous mes pieds, le sol se met à trembler, j’entends une détonation, la fenêtre de mon bureau s’ouvre entièrement et vient me percuter la tête.

J’aperçois une fumée colorée et épaisse qui arrive rapidement au dessus du bâtiment. Prise de panique, je ne peux plus bouger et j’ ai de la peine à respirer. Afin de m’aider à reprendre mon souffre, je suis placé sous perfusion jusqu’à 17 heures.

Très fatiguée, ayant en plus mal aux deux oreilles, je me décide à prendre ma voiture pour regagner mon appartement situé à quelques mètres d’AZF. Plus j’avance et plus je découvre un paysage apocalyptique, tout est tombé, je ne sais plus où je suis. Je roule sur du verre et lance un appel aux pompiers qui me guident jusqu’à mon domicile complétement dévasté

Anne-Marie, ancienne auxiliaire de vie.

« Je suis devenue un bloc de souffrance et de douleur. Je ne peux plus avancer.  Ce procès c’est pour qu’ils reconnaissent leurs fautes et rendre justice à la population toulousaine. »

 


Et aussi : 12 000 blessés ou traumatisés, 80 000 sinistrés

Le Service d’aide aux victimes (SAVIM) continue, 16 ans après, de suivre les dossiers liés à l’explosion. Combien sont-ils ? Pour les dossiers liés à une expertise qui établit un rapport entre un préjudice physique ou moral et l’explosion, on a dépassé les 10 000 cas et on se rapproche des 12 000. Quant aux sinistrés, le nombre de dossiers atteint cette fois les 80 000. C’est dire si à Toulouse, il y a un avant et un après AZF.

Une ville traumatisée

Ceux qui arrivent aujourd’hui à Toulouse, où le site a été totalement repensé, accueillant notamment le Cancéropôle (il n’y a guère que le cratère et quelques éléments industriels sous scellés judiciaires qui rouillent), AZF, ça peut paraître de l’histoire ancienne. Mais si on gratte un peu sous la couche du temps qui passe, on trouvera tous un ami, un voisin, un collègue de travail qui était là ce vendredi 21 septembre 2001.  Il faut imaginer une grande partie de la 4ème ville de France sans dessus-dessous. Des toitures arrachées, des vitres brisées par milliers. Des centaines de tonnes de gravats. Mais surtout : 31 morts. La pire catastrophe industrielle de l’histoire contemporaine en France.